OSE Niger rencontre… Kad Kaneye, jeune entrepreneur social, quatrième Nigérien à rejoindre Harvard

OSE Niger part cette semaine à la rencontre d’un jeune entrepreneur social Nigérien de 30 ans, Kad Kaneye, qui vient de rejoindre Harvard.

Enfances

© Kad Kaneye

© Kad Kaneye

« Je m’appelle Kad Kaneye. Je suis expert comptable et entrepreneur social. J’ai grandi à Niamey, dans le village urbain de Saga, avec une éducation traditionnelle nigérienne fondée sur les valeurs tirées principalement des enseignements de l’Islam.

En dépit du fait que nous avions eu la chance d’avoir du personnel qui nous aidait  dans la réalisation des tâches ménagères à la maison, nous allions, mes frères et sœurs et moi, chaque jour, au retour de l’école, chercher de l’eau potable à la seule fontaine publique de Saga, nettoyions nos chambres et la cour de la maison, faisions la vaisselle et la lessive, participions à toutes les tâches de la maison, en plus des devoirs à préparer pour l’école. C’était vraiment intense et il nous fallut des années pour comprendre ce choix de nos parents de nous imposer un tel rythme.

Les grandes vacances, nous les passions au village de mon père entre agriculture, élevage et travaux collectifs. J’étais alors plus particulièrement en charge du pâturage des veaux, ce qui a correspondu à ma première réelle expérience de leadership. Oui, leadership ! Les veaux étaient tous différents. Avec des personnalités, des attitudes et des besoins uniques. J’ai appris à les connaitre individuellement, à leur donner des noms, à les gérer et à les amener à devenir meilleur. Ils sont devenus mes amis, nous communiquions presque ensemble.

Une autre chose apprise en cette époque est le fait d’observer les fourmis effectuer un teamwork [ndt : travail d’équipe]. L’harmonie, la synchronisation, le respect de l’autorité et la notion d’intérêt général sont innés chez ces êtres.

Aujourd’hui encore je tire des leçons de cette partie de ma vie, du rêve au hardworking [ndt : travail intense], du leadership à l’éthique, au sentiment de responsabilité. »

Sur quoi t’es-tu appuyé pour bâtir ton parcours d’études autour de la comptabilité ?

« Je vais vous surprendre : je n’ai jamais voulu être expert comptable. Après le bac, je voulais devenir informaticien.

Lorsque la question de mon orientation s’est posée, une divergence a surgi entre mon père, expert comptable, qui souhaitait que je réalise des études d’expertise comptable en France, dans l’école de ses rêves, qu’il n’a jamais eu les moyens de fréquenter, et ma passion pour l’informatique, que je voulais poursuivre aux Etats-Unis.

Après de longs échanges j’ai choisi de faire confiance à son jugement et de procéder selon ses attentes.

J’ai donc poursuivi mes études supérieures à l’INTEC de Paris [ndlr : Institut National des Techniques Economiques et Comptables], tout en développant parallèlement mes compétence informatiques, à partir des cours de mes amis en DUT informatique ou de forums en ligne comme developpez.com.

Je suis devenu exceptionnellement expert comptable à 25 ans, avec un record de note à l’examen final, et un mémoire soutenu sur… L’audit informatique ! Mon projet a été poursuivi au sein de celui de mon père.

Je travaille aujourd’hui en Afrique de l’Ouest et ne regrette absolument pas d’avoir choisi l’orientation proposée par mes parents. Lire la fierté dans leurs yeux est par ailleurs l’une des plus belles des choses qui soit au monde. »

Comment as-tu eu l’idée d’intégrer ensuite les métiers de l’audit et du consulting ?

« L’expertise comptable ouvre la voie aux métiers du chiffre : audit, comptabilité, consulting, etc. J’ai choisi plus particulièrement l’audit et le consulting pour une raison, pour un rêve : contribuer à changer le Niger.

L’audit, tout d’abord, parce que c’est un métier qui me permet de traquer la fraude et de lutter contre la corruption, tout en offrant l’opportunité de transmettre des valeurs d’éthique et d’intégrité à nos jeunes collaborateurs.

Le consulting, de son côté, est un métier qui permet de résoudre les problèmes auxquels sont confrontés nos clients professionnels, en leur apportant des solutions leur permettant de réaliser leur plein potentiel.

Ces deux métiers forment une combinaison absolue pour un impact social fort et durable, si on les réalise pour les bonnes raisons. »

Que souhaites-tu nous dire de ton engagement vis à vis de la communauté en tant que leader et manager du changement ?

« Mon engagement vis à vis de la communauté s’est principalement traduit ces dernières années au travers de KMC, notre cabinet d’audit & consulting, une entité de jeunes gens dynamiques, structurée, tournée vers l’avenir, portée par l’excellence et destinée au meilleur.

Nous avons réussi à transformer ce cabinet, presque à l’agonie en 2010, en un champion aujourd’hui régional, avec des bureaux au Niger et en Côte d’Ivoire, bientôt également au Sénégal et au Nigéria.

L’âge moyen de notre équipe est de 27 ans, le plus âgé a 35 ans. Elle comprend une cinquantaine de collaborateurs, dont 40% de femmes, des clients prestigieux, un partenaire international de classe mondiale (HLB International), et les moyens de nous battre pour ce qui est vraiment important pour nous : les jeunes, les femmes et la destruction de la corruption.

Dans un pays où les jeunes sont majoritairement discriminés, nous entendons prouver qu’ils peuvent faire grand, mieux, beau, et réussir dans l’honnêteté et la droiture. Créer un modèle différent pour inspirer ceux qui rêvent de changement.

Au delà de KMC, je contribue par ailleurs à de nombreuses activités d’empowerment [ndt : autonomisation] des jeunes au travers d’initiatives telles que YALI Niger Association ou Give1Project Niger. Je participe également au développement d’intérêts particuliers tels que l’entreprenariat avec Lean Startup Samaria, la finance islamique auprès de l’ADEFI (Association pour le développement de la finance islamique), ou encore l’éco-tourisme et l’agriculture durable avec Kagadis. »

Parle-nous de ton expérience au sein du programme Young African Leadership Initiative (YALI) du président américain Barack Obama

© Kad Kaneye

« Je suis ici avec mes amis YALI ; nous avons planté un olivier le jour du Mandela day afin de marquer notre engagement à changer le Niger, symbolisé par cet arbre qui a une duree de vie de 2000 ans. » © Kad Kaneye

« J’ai eu la chance de participer à la toute première session du programme YALI en 2014 et j’appartiens désormais à la communauté des Mandela Washington Fellows. Le programme YALI ? La plus belle expérience de ma vie so far [ndt : de loin] ! Le point de départ d’une démarche transformative qui a changé ma vie et celle de nombreuses personnes autour de moi.

Pour la toute première fois, nous avons été en permanence entourés de gens aussi brillants ou plus brillants que nous. L’ego prend un coup quand on réalise que l’affaire de major de promo, ou “the smartest guy in the room” [ndt : le gars le plus intelligent dans la place] est définitivement over [ndt : hors jeu]. On apprend l’humilité alors qu’on pensait être humble, on apprend à aimer apprendre tous les jours avec ces gens si brillants, à être inspirés.

Les cours (leadership, entrepreneurship, communication…), les visites d’entreprise (Google, McDonalds, Crain Chicago…), les community work [ndt : travaux en communauté] et autres networking events [ndt : opportunités de réseautage], le forum à Washington avec le Président Obama (so cool), Michèle Obama (so lovely) et John Kerry (so inspiring) entre autres, tout ça contribue à créer un environnement de high standards [ndt : exigent] qui fond en nous et nous fait briller plus que jamais au retour du YALI.

A un moment on se sent dans sa vie limitless [ndt : sans limite] : on peut tout faire, tout essayer, sans jamais plus avoir peur d’échouer. Fail fast [ndt : dépêche-toi de te planter], l’échec devient partie intégrante du parcours. Tout est désormais possible. »

Tu rejoins bientôt Harvard ? Dis-nous en plus !

« Harvard est un rêve qui a démarré à l’adolescence. Je devais avoir 14 ans lorsque je suis tombé sur une vieille caisse contenant de vieux livres de mon père lorsqu’il était encore étudiant. Un de ces livres était écrit par un ancien étudiant de Harvard qui racontait son aventure au sein de l’Université. Il m’a littéralement aspiré dans son Univers. Depuis ce moment là je savais que voulais un jour finir dans cette université.

Sans vraiment en faire un objectif principal, j’ai continué mon chemin jusqu’au jour où, après avoir réalisé tout ce que nous avons fait à KMC, je me suis dit, si avec une formation d’expert comptable nous en sommes arrivés là, et au regard du challenge que représente la mission impossible de changer le Niger, il me faut rêver de la meilleure éducation au monde pour affronter ce que je considère comme le plus grand challenge au monde. Alors le rêve d’adolescent et le rêve de jeune adulte se sont naturellement retrouvés, harmonisés, renforcés, et j’ai candidaté dans cette seule école, renonçant à une bourse que j’avais obtenue pour une non moins prestigieuse université : Stanford. »

Kad rejoint le Master in Public Administration de la Harvard Kennedy School. Côté financements, il est boursier Fulbright car il poursuit en parallèle un MBA à la Bentley University de Boston. Harvard propose par ailleurs des dispositifs de bourses internes.

Quels conseils pourrais-tu enfin donner à nos jeunes entrepreneurs ?

© Kad Kaneye

« A 16 ans, en première, avec Rahila, mon competitor d exception qui est devenue ma meilleure amie » © Kad Kaneye

« Je leur donne les mêmes conseils que ceux j’ai reçus de mon père, en l’observant vivre, et qui ont guidé ma vie jusqu’ici :

1. Rêver : rêver sans limite. Plus le rêve est grand, plus sa probabilité de réalisation est élevée. Lorsqu’en classe de 4ème je suis tombé sur ce livre évoquant Harvard dans les vielles cantines de mon père et que je l’ai lu, j’ai rêvé et décidé d’entrer dans cette école. Lorsqu’on vient de Saga, on ne peut pas penser Harvard. Dieu l’a tout de même permis à travers ce rêve que je concrétise aujourd’hui. Et toutes les autres choses de ma vie sont parties de manière similaire d’un rêve de folie.

2. Hardworking [ndt pour mémoire : travailler dur] : avec des rêves de grandeur viennent la nécessité et la responsabilité de travailler très dur, très fort, très smart. Les raccourcis n’existent pas ici. Et parce qu’on est une personne qui vit de rêve, on a l’obligation de travailler sans limite pour faire du rêve une réalité. Les conventions de 8 heures de travail par jour ne s’appliquent pas. Il faut s’animer par une passion qui permet de faire 72 heures en une journée, un an en un mois, 5 ans en un an. Peu seront en mesure de comprendre et d’évaluer vos progrès, mais le hardworking est capable de tous les miracles. Never give up, just keep moving [ndt : n’abandonne jamais, continue à avancer].

3. Cultiver son système de valeurs : je suis un fervent croyant, mon système de valeurs est issu des principes de l’Islam authentique : la droiture, le partage, la vérité, la fraternité, la paix, la tolérance, l’excellence, le succès, la spiritualité… Quelles que soient vos convictions, les valeurs positives sont universelles. Soyez des personnes positives et droites dans la vie, et la réussite viendra de là où vous ne l’imaginez pas encore. L’intégrité, l’éthique, sont des principes non négociables sur la voie du succès et du bonheur. Et comme on ne vit qu’une fois, assurons-nous que nous vivons la vraie vie, et non l’illusion au réveil brutal et au goût amer en fin de parcours. 

J’appelle tous ceux qui rêvent de changer le monde autour d’eux à ne jamais douter, et à tout mettre en œuvre sans relâche pour réaliser leurs ambitions. Nous sommes la dernière génération en mesure de créer le changement. Let’s just do it. »

Interview réalisée par Mariem Najah, étudiante en management (administration des affaires) à l’institut supérieur de gestion de Tunis.

One Thought on “OSE Niger rencontre… Kad Kaneye, jeune entrepreneur social, quatrième Nigérien à rejoindre Harvard

  1. Soumaila on 26/11/2015 at 22:40 said:

    Proud! Inspiring!

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