OSE Niger rencontre… AlMoctar Hassoumi, étudiant auprès de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile

Qui est AlMoctar, en quelques mots ?

AlMoctar Hassoumi

© AlMoctar Hassoumi

« Bonjour !

Tout d’abord je vous félicite pour l’aide que vous apportez aux jeunes Nigériens en leur fournissant des informations importantes pour leurs parcours étudiants, et plus particulièrement en recensant et diffusant les possibilités d’obtention de bourses.

Je suis AlMoctar Hassoumi, communément appelé Haiz, j’ai 23 ans.

Je suis actuellement élève ingénieur en aéronautique à l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile (ENAC) à Toulouse, en prévision de l’obtention d’un second diplôme d’ingénieur. Auparavant, j’étais élève ingénieur en informatique à l’Ecole Hassania des Travaux Publics (EHTP) à Casablanca. »

Comment s’est déroulée ton enfance, les années lycée ?

« Je suis né à Niamey, j’ai grandi dans le quartier Terminus, où j’ai passé mon enfance et suis resté jusqu’au baccalauréat. Je suis ensuite parti vivre et étudier à l’étranger.

J’ai fréquenté l’école Canada Garçon à l’école primaire, puis j’ai passé le concours pour entrer en sixième au Prytanée militaire de Niamey à l’âge de 12 ans. Je me souviens que j’étais malade le jour du concours et que je ne voulais pas y aller (rires…). J’ai réussi le concours et le fait d’entrer dans cette école fut un tournant très important dans ma vie. En tant qu’« enfant de troupe », j’ai eu la chance de passer 7 années dans un cadre militaire au sein d’une promotion agréable d’une cinquantaine de personnes. Le cursus se structurait autour de l’obtention de diplômes militaires de secourisme et d’enseignements généraux.

C’est à mon père que je dois la découverte et ma passion pour l’informatique. Il m’emmenait, quand j’étais à l’école primaire, dans son bureau pour surfer sur Internet ; puis j’ai commencé à aller seul au cyber, où je passais mes journées. Je me souviens qu’en fin de session, avec des amis, nous trouvions des astuces pour prolonger notre temps de connexion (rires…).

Après le bac, j’ai postulé pour une bourse à l’ANAB afin d’étudier au Maroc. Après délibération, j’ai été pris en mathématiques et informatique à la faculté des sciences Ain Chock à Casablanca.

Comme la plupart des jeunes lycéens en série scientifique, l’aéronautique et le domaine spatial sont des domaines qui me fascinent. En 2009, en classe de 1ère, j’ai passé le concours de l’armée de l’air que j’ai réussi avec le niveau 2. Pendant les vacances suivantes, je suis allé à la cité de l’espace à Toulouse. Ma tante, qui vit en France, en a profité pour m’emmener visiter l’Airbus A380 à l’occasion d’une visite programmée.

A la cité de l'espace (Toulouse, France)

A la cité de l’espace (Toulouse, France) © AlMoctar Hassoumi

Après le bac, j’ai été appelé par l’Etat-major de l’armée de l’air afin de confirmer mon choix. Cependant, j’ai renoncé car mon père ne voulait pas que je me spécialise à mon âge. Finalement je suis allé au Maroc, à l’université. J’ai toutefois conservé ma passion pour l’aéronautique. »

Quel fut le déclic pour les filières scientifiques au lycée ?

« J’aimais beaucoup les mathématiques et la physique-chimie. A l’issue de la classe de seconde j’ai été admis en série C (ndlr : filière sciences mathématiques). Nous étions quatre dans la classe en terminale. Ça nous a permis de bénéficier d’un bon suivi pour la suite de nos études. D’ailleurs un de mes meilleurs amis de la classe a pu poursuivre ses études en classes préparatoires et étudie actuellement l’actuariat, un domaine très prisé. Un autre est pilote de l’armée de l’air. »

Les études supérieures : quel(s) choix, pour quelle(s) raisons ?

« Mon choix de devenir ingénieur ne s’est pas fait au lycée. En effet, à cette époque je montais les marches les unes après les autres.

Après les résultats du baccalauréat, je n’avais pas d’idée fixe de ce que je voulais faire vraiment, mais j’avais un penchant pour les filières ayant un rapport avec l’informatique. J’ai déposé mon dossier à l’ANAB et j’ai obtenu une bourse pour étudier les sciences mathématiques et l’informatique auprès de l’Université Hassan II à Casablanca. »

Alors que d’autres se rendent pour leurs études en Europe, tu te rends au Maroc, à Casablanca : pourquoi ?

« J’ai postulé pour une admission post bac à l’INSA Toulouse et Campus France, mais je n’ai pas eu de réponse. Avec quelques amis du Prytanée, nous avons couru pour déposer le dossier à l’ANAB car nous nous y prenions au dernier moment. Ce dossier était requis pour postuler à la bourse de coopération avec le Maroc, puis nous avons été sélectionnés. »

Stages en entreprise : lesquels as-tu réalisés, auprès de quels établissements et pourquoi ?

« Durant mon parcours j’ai pu réaliser deux stages.

C’est à la Direction de la Météorologie Nationale à Casablanca que j’ai réalisé mon premier stage, dont le but était de développer un système d’intégration de produits d’imagerie (radar, foudre, etc.) en mode binaire et de leurs visualisations.

Le deuxième stage que j’ai réalisé était consacré à du code review (ndlr : vérification et validation de code source) d’un système de gestion d’avions. Je l’ai effectué auprès d’AéroTechnic Industries, à Casablanca également.

Cet été j’ai réalisé un stage auprès de la Direction Technique de l’Innovation de Toulouse (ndlr : service  de l’Etat rattaché à la Direction Générale de l’Aviation Civile, elle-même rattachée au Ministère de l’écologie, du développement et de l’énergie), pour le nouvel outil de visualisation radar destiné aux contrôleurs aériens. »

Focus sur l’Université Hassan II Aïn Chock de Casablanca (Maroc)

« Nous étions cinq étudiants Nigériens à l’université Hassan II Ain Chock de Casablanca.

Il n’y avait pas de frais d’inscription. Concernant les programmes, l’enseignement se concentrait essentiellement sur les mathématiques, la physique et l’informatique.

Côté débouchés, après le DEUG (bac + 2), un étudiant peut passer des concours d’accès aux grandes écoles, continuer en licence (bac + 3) pour passer ces concours ou poursuivre en master (bac + 5). »

Focus sur l’École Hassania des Travaux Publics (EHTP, Maroc)

« Après la 2ème année à la Faculté des sciences Ain Chock, en 2012, j’étais bien classé. Je ne suis pas rentré en vacances au Niger : je suis resté à Casablanca préparer les concours d’accès aux grandes écoles d’ingénieurs.

J’ai réussi plusieurs de ces concours, ce qui m’a permis d’avoir le choix. Parmi les concours que j’ai réussi, il y avait l’Ecole Hassania des Travaux Publics, la plus grande école au Maroc (en concurrence avec l’Ecole Mohammadia d’Ingénieurs). Les premiers au CNC (ndlr : Concours National Commun, concours marocain ouvert aux étudiants des classes préparatoires) viennent généralement s’inscrire dans cette école. Elle a aussi une forte ouverture internationale en partenariat avec plusieurs écoles françaises.

Puisqu’il y avait une filière génie informatique, je n’ai pas hésité.

L’EHTP est accessible uniquement sur concours, avec deux possibilités :

  • le Concours National Commun (CNC) pour les élèves issus des classes préparatoires : il faut alors avoir un bon classement, même si tout dépend de la filière choisie, la plus prisée étant le génie civil. La difficulté pour les classes préparatoires réside dans le fait qu’il n’y ait qu’un seul concours pour toutes les écoles et que l’élève doive choisir une école en fonction de son classement.
  • le concours parallèle, pour les étudiants titulaires d’un DEUG ou d’une licence universitaire : chaque école d’ingénieurs permet aux élèves des universités marocaines de passer un concours d’accès de ce type. Cela étant dit, cette voie est plus complexe à suivre, dans la mesure où les écoles prennent généralement une dizaine d’étudiants dans tout le Maroc chaque année. En contrepartie, l’avantage est de pouvoir préparer plusieurs concours pour plusieurs écoles.

L’EHTP n’est pas une école privée. Les frais d’inscription, de logement, de restauration, des polycopiés de cours, d’accès à internet et autres avantages s’élevaient, au total, quand j’y étais, aux environs de 1.200 Dirhams (moins de 75.000 francs CFA) et ce par an. Il faut avouer que ce n’est vraiment pas cher.

L’EHTP encourage les projets. Avec deux autres étudiants et un professeur, nous avions représenté l’école pour le concours d’innovation INNOV’IT (ndlr : concours d’innovation marocain). Quoique nous n’ayons pas gagné, nous sommes allés jusqu’en finale. Nous avions réalisé une sorte de réseau social de partage de documents entre toutes les écoles et universités marocaines. Le projet du vainqueur était nettement meilleur et plus éthique, mais l’expérience fut très enrichissante. »

Focus sur l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile (ENAC, France)

« Comme je l’indiquais plus tôt, je cultive depuis mon enfance un très vif intérêt pour l’aéronautique. Mais ma passion pour l’informatique avait, jusqu’à l’EHTP, déterminé mes choix au fil du temps.

L’EHTP entretient des partenariats avec plusieurs écoles, à l’étranger aussi, et parmi elles, l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile. Pour s’inscrire il faut d’abord être bon élève, puis déposer son dossier d’inscription auprès de l’administration de l’ENAC, qui l’étudie.

ENAC

ENAC © AlMoctar Hassoumi

La filière ingénieur aéronautique de l’ENAC m’attirait beaucoup. De plus, à la fin de cette formation, je pouvais obtenir un second diplôme d’ingénieur, donc je n’ai pas hésité à postuler… Et j’ai été retenu !

Les programmes que nous étudions couvrent majoritairement le trafic aérien, les opérations aériennes, la conduite automatique de vol, les radars… Mais aussi beaucoup de programmation pour les logiciels embarqués des avions, des cockpits, des outils des contrôleurs aériens, ou de logiciels dans le secteur aéronautique en général. »

Ne penses-tu pas qu’il s’agit d’une école pour surdoué ?

« Surdoués ? Non pas du tout, les étudiants, s’ils sont certes très brillants, sont surtout bien organisés et travailleurs. Quelques uns de nos profs sont issus de l’école polytechnique de Paris. »

Combien coûte la formation que tu suis à l’ENAC ? Quels sont les débouchés professionnels ?

« Les étrangers payent des frais de l’ordre de 8.000 euros par an (environ 5.000.000 francs CFA). Pour les étudiants qui viennent des écoles en partenariat avec L’ENAC, les frais dépendent des accords entre les deux écoles. Néanmoins l’ENAC offre différentes formations, les frais peuvent donc beaucoup varier.

Côté débouchés, l’ingénieur ENAC intervient dans la conception et la réalisation de systèmes dans le domaine du transport aérien et de l’aéronautique. Son activité s’exerce en premier lieu dans l’industrie aéronautique et spatiale auprès de concepteurs et constructeurs de systèmes aérospatiaux.

Ainsi, les ingénieurs diplômés ENAC peuvent rejoindre de grandes entreprises françaises telles que Airbus, Air France-KLM, Thalès, Amadeus… Quand d’autres préféreront continuer en doctorat ou partir travailler à l’étranger. »

ENAC toujours : quels projets en cours ?

« Nous venons de finir la plupart de nos projets et, par la grâce de Dieu, je viens d’être accepté, pour l’année prochaine, en master 2 (bac + 5) Interaction Homme Machine (IHM), en parallèle avec ma formation ingénieur aéronautique.

Cette année nous avons réalisé des projets intéressants, tels que la détection et la résolution de conflits au roulage des avions sur l’aéroport Charles De Gaulle en utilisant des méthodes d’intelligence artificielle et d’Ada mono tâche (ndlr : langage de programmation très utilisé en aéronautique).

Actuellement nous sommes en fin de projet sur le satellite EyeSat. »

Eyesat, qu’est-ce que c’est ?

« EyeSat est un nano satellite qui sera lancé en 2017 sous la tutelle du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales). La première mission de ce nano satellite sera dédiée à l’observation de la lumière zodiacale et sera utile aux scientifiques pour l’étude des poussières interplanétaires. Plusieurs étudiants travaillent sur ce projet (stages, projets de fin d’études, année de césure…) et nous avons eu la chance de travailler à cinq sur une partie du centre de mission du projet, en ayant pour tuteur Yannick Jestin (enseignant à l’École Nationale de l’Aviation Civile, co-responsable du master 2 IHM). »

La suite : quels sont tes projets personnels et professionnels ?

« Comme je l’ai précédemment indiqué, je vais d’abord faire le master Interaction Homme Machine l’année prochaine et ensuite je verrai. Le parcours de mon père m’a beaucoup inspiré, et j’envisage de continuer ensuite en doctorat si Dieu me le permet. »

Que peux-tu dire pour terminer aux jeunes Nigériens qui cherchent des repères et des modèles ?

« Je dirais tout simplement qu’il faut persévérer dans tout ce que l’on fait, quels que soient les domaines et ne pas oublier d’où l’on vient, c’est le plus important.

Pour les jeunes qui cherchent des repères, il convient de s’informer des possibilités et de se rapprocher par exemple d’autres Nigériens susceptibles de les conseiller et d’aider. En tant qu’ainé, l’une des plus belles des satisfactions consiste à prendre deux minutes pour aider quelqu’un qui veut réaliser son rêve.

© AlMoctar Hassoumi

© AlMoctar Hassoumi

Et puis pourquoi ne pas déjà commencer à penser à construire des classes préparatoires au Niger ? On ne sait jamais, un jour prochain nous verrons peut-être des Nigériens rejoindre l’école polytechnique, ou un jeune Pranav Mistry Nigérien intégrer le Media Lab du MIT. Il y a de très bons talents dans mon pays.

Nous le négligeons peut-être, mais malgré le fait que notre pays soit pauvre, nous avons une très bonne éducation. Nous devons en tirer profit. Il y a beaucoup d’opportunités, mais nous sommes encore mal informés. Heureusement qu’il y a des organisations telles qu’OSE Niger qui mettent des informations utiles à disposition des jeunes Nigériens. Je vous remercie sincèrement d’ailleurs pour votre travail. »

Propos recueillis par Christian Tsanga, rédacteur pour OSE Niger.

4 Thoughts on “OSE Niger rencontre… AlMoctar Hassoumi, étudiant auprès de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile

  1. Zourklaeyni on 04/12/2015 at 09:25 said:

    Bonne chancee et Courage

  2. Assoumana Hassoumi on 04/12/2015 at 14:25 said:

    Bien dit, fiston! Du courage et bonne chance. Que Dieu te guide..

  3. Idriss Laouali Abdou on 05/12/2015 at 12:15 said:

    Très bon courage à Toi et bonne chance.

  4. ISSAKA SANDA ZAKARI on 06/12/2015 at 21:13 said:

    Du courage et surtout bonne chance pour la suite de votre parcours

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